Réflexions à propos de l’ « afro-islamisation de la Bretagne »

J’ai récemment, avec d’autres personnes, fait l’objet d’un article sur le site Breiz Atao. Nous avons répliqué en portant plainte avec constitution de partie civile. Voir ici la tribune que j’ai écrite pour le site du Peuple Breton. Il nous est reproché, entre autres choses, d’être « en faveur de l’afro-islamisation de la Bretagne ». Cette expression m’a d’abord fait sourire, puis m’a un peu choqué. Enfin, elle m’a fait réfléchir.

Solidaire des migrants, pas immigrationniste.

Si l’auteur du site a écrit cela, c’est parce que je soutien les migrants. Sans-doute pense-t-il que je suis un « immigrationniste » mais ce n’est absolument pas le cas. Je ne suis aucunement satisfait de toutes ces migrations. Ces gens, qui n’ont rien demandé à personne, auraient du pouvoir rester chez eux. Seulement voila, le monde n’est pas parfait, et ces personnes ont du partir de chez elles. Ces personnes sont démunies, vulnérables, en danger. Ce sont des être humains, tout comme nous. Nous occidentaux, avons notre part de responsabilité. Nous nous devons d’être solidaires, c’est tout. Je ne m’attarde pas, parce que ce n’est pas le sujet de cet article, mais je devais faire cette précision afin de ne pas se méprendre à la lecture de la suite de cet article.

Histoire d’un bol.

Mais revenons à cette fameuse « afro-islamisation » de la Bretagne. En fait, ce qui m’a amené à y réfléchir, c’est d’abord un bol. Dernièrement, j’étais dans le centre-ville de Vannes, en mode touriste, avec mon amie. En passant devant le devanture d’une boutique, je repère, parmi les bols « bretons » bien connus avec leurs prénoms peints dessus, un bol Mohamed.

Là forcément, je me dis que ce bol est l’illustration idéale des articles qui ne manqueront pas d’être écrits sur le sujet, notamment sur ce blog. Donc je le prend en photo. Cette photo, je l’ai publiée sur les réseaux sociaux, elle y a eu pas mal de succès.

Afro-islamisation… ou bretonnisation ?

Mais ce bol me questionnait. Est-ce de l’afro-islamisation de la Bretagne ou n’est-ce pas plutôt l’inverse, de la bretonnisation d’éléments extérieurs ? J’en parle à mon camarade Nil qui me renvoie alors au numéro de février du Peuple Breton.

Ce numéro contient en effet deux articles qui nous intéressent ici. L’un présente des immigrés kabyles, donc nord-africains, qui nous parlent de leur relation avec la Bretagne, avec la société dans laquelle ils vivent, avec leur pays d’origine, avec l’islam. L’autre article est l’interview de Thierry Magot, l’auteur du livre « Comment peut-on être breton et musulman ? ».

Qu’est-ce que nous disent ces articles ? Ils nous disent qu’on peut être un immigré et se sentir breton, et même faire apprendre le breton à ses enfants (d’ailleurs, je pense aussi à un camarade descendant d’immigrés italiens, portant un nom bien italien, autonomiste breton et donnant des cours de breton à Saint-Malo). Ils nous disent que telle ou telle religion n’est en rien incompatible avec la culture et l’identité bretonnes.

En fait, ils nous rappellent, une fois de plus, qu’une chose est souvent associée à son inverse.

Certes, nous observons depuis plusieurs décennies l’arrivée en Bretagne de populations totalement étrangères à la Bretagne, à sa culture, à son identité. Certes, ces populations arrivent avec leurs cultures, leurs modes de vie, qui ne paraissent pas toujours compatibles avec les nôtres. Certes, l’intégration sociale et économique de ces population et de leurs descendant s’avère difficile. Certes, face à cette intégration défaillante, certains sombrent dans la délinquance ou dans l’islamisme.

Mais ceci n’est pas une fatalité. L’intégration se réalise quand-même pour beaucoup, on n’en parle pas assez. En s’intégrant, ces personnes évoluent, et leur identité aussi. Point besoin d’abandonner sa culture pour en obtenir une nouvelle. En s’intégrant, ces gens deviennent peu à peu bretons.

Mais il n’y a pas que les individus qui se bretonnisent, il y a aussi les cultures. Et c’est là que la magie s’opère. La culture bretonne est une culture qui, par nature, est ouverte sur le monde. Et elle a cette capacité à s’accaparer des éléments extérieurs, à les intégrer, et à en faire quelque chose d’original.

Une culture basée sur des éléments extérieurs.

Regardons objectivement ce qui fait la spécificité et l’originalité de la culture bretonne. Faisons-en le tour.

Les galettes (en Haute Bretagne) ou les crêpes salées (en Basse Bretagne), ainsi que la farz (du kig-ha-farz) sont réalisées à partir de blé noir autrement appelé sarrasin parce qu’il a été précisément rapporté du Moyen-Orient suite aux croisades.

Les premières traces du cidre (réalisé avec des pommes originaires d’Asie Centrale) se trouvent sur le pourtour méditerranéen. Le cidre a été introduit en Bretagne par les marins basques (merci les basques 🙂  ) au moyen age.

La fraise, en particulier celle de Plougastel, ou la pomme de terre sont des végétaux qui nous viennent tout droit d’Amérique du Sud.

La langue bretonne, tout comme le gallo, sont des langues indo-européennes. Les langues indo-européennes sont probablement originaires de l’Europe de l’est. Avant d’arriver en Bretagne, elles ont transité par l’Europe centrale, la péninsule italique, la Gaule, l’Ile de Bretagne.

La chalémie, ancêtre directe de la bombarde est à l’origine un instrument arabe qui aurait transité par l’Espagne musulmane. La cornemuse voit ses traces les plus anciennes en Égypte antique et était jouée dans tout le bassin méditerranéen. Le couple hautbois cornemuse existe partout en Europe (certes, le fait que le chalumeau de la cornemuse joue un octave au dessus du hautbois est à ma connaissance une exception bretonne).

Tous les autres instruments présents dans la tradition bretonne (accordéon, clarinette, violon, vielle, et même harpe celtique ou cornemuse écossaise) y sont relativement récents et n’ont rien de typiquement breton.

Les enclos paroissiaux, les calvaires, les églises construits aux XVIème et XVIIème siècles sont fortement inspirés par l’école flamande.

La Bretagne s’enrichit.

Si au cours de l’histoire, il avait fallu toujours écouter les esprits grincheux refusant toute ouverture, la culture bretonne ne serait aujourd’hui pas aussi riche, diverse et dynamique qu’elle ne l’est. La culture bretonne s’est enrichie de tous ces apports, et aujourd’hui encore elle continue à le faire. Nous sommes dans une période où la culture bretonne est énormément influencée par tout un tas d’éléments extérieurs, et c’est une excellente nouvelle.

La Bretagne n’a jamais été aussi prospère que lorsqu’elle était ouverte sur le monde. La Bretagne n’a jamais été pauvre et arriérée que lorsqu’elle était repliée sur elle.

Dans un article précédent sur l’identité, j’explique que l’identité bretonne est la somme des appartenances à la Bretagne constituée par l’ensemble des individus se sentant bretons. Plus ces appartenances sont nombreuses et diverses, plus cette identité est forte et solide.

Comme je l’ai dit plus haut, j’estime que si l’intégration est bien faite, les populations issues de l’immigration finissent par se bretonniser. Elles ne doivent pas perdre leurs appartenances anciennes (sinon ce serait de l’assimilation), mais elles peuvent en gagner une nouvelle.

Cette appartenance à la Bretagne, ressentie par ces migrants et enfants de migrants, nécessairement différente car empreinte d’autres influences, va se rajouter aux appartenances des gens déjà bretons. Ce qui va évidemment faire évoluer la Bretagne.

J’imagine que c’est bien de cela que les tenants de l’extrême-droite bretonne ont peur. Ils pensent que cela dénatureraient, voir annihilerait la culture bretonne. Moi, je ne le pense pas. Comme je l’ai dit plus haut, la culture bretonne a cette capacité magique à s’approprier les éléments extérieurs et à en faire quelque chose d’original.

La Bretagne d’aujourd’hui ne ressemble en rien à celle d’il y a cent ans, et celle qui existera dans cent ans ne ressemblera en rien à celle d’aujourd’hui. Ce dont je suis convaincu, c’est que si nous la gardons ouverte sur le monde, ouverte sur son époque, elle saura rester prospère.

Et si certains préfèrent une Bretagne repliée sur elle-même, rancie et figée dans le temps, ils n’ont qu’à la faire tous seuls dans leur coins.

 Et maintenant, musique !

Et maintenant, pour finir cet article, pour donner de l’urticaire à Boris, mais surtout pour notre plaisir, un peu de musique.

J’ai vraiment découvert le site Breiz Atao lorsqu’il s’est attaqué à Yannick Martin venant d’être sacré champion de Bretagne de sonneurs de couple. Il est vrai que des noirs jouant divinement bien de la musique bretonne (Yannick Martin peut objectivement être considéré comme un des meilleurs joueurs de bombarde actuellement), ça ne peut que hérisser le poil des fachos bretons.

Le mélange ente la musique bretonne et la musique guadeloupéenne, moi j’adore.

Le célèbre chanteur kabyle Idir a beaucoup collaboré avec les artistes bretons. Ici avec Gilles Servat, Dan ar Braz et Jean-Michel Veillon

Alan Stivell est un des inventeurs de la world music. Il a collaboré avec pas mal d’artistes du monde entier, ici avec le camerounais Youssou N’Dour.

Après avoir travaillé avec le contrebassiste Henri Texier, le Bagad Men ha Tan s’est confronté à la percussion de Doudou N’Diaye Rose.

Là encore, un chanteur (et clarinettiste), Erik Marchand, connu pour ses collaboration avec des artistes venant d’un peu partout, mais surtout avec ceux venant des Balkans. On trouve aussi dans la bande, le trompettiste Gaby Kerdoncuff et le violoniste Jacky Molard eux aussi connus pour leurs excellents travaux avec des artistes d’autres pays et continents.

La rencontre de percussions du monde entier… pour faire de la musique bretonne. On voit bien sur la vidéo, qu’il n’y a aucun mal à danser dessus.

Face au repli nationaliste : l’identité ouverte

Depuis pas mal de temps, l’identité a mauvaise presse à gauche. S’il est vrai que l’extrême-droite s’est accaparée le terme « identitaire », les jacobins utilisent trop souvent l’argument du « repli identitaire » pour discréditer toute volonté de préserver les cultures et identités sans état. Attention, à force de diaboliser l’idée d’identité, nous allons finir par voir nos noms et prénoms remplacés par des matricules renouvelés quotidiennement de façon aléatoire.

L’identité, qu’es aquo ?

Penchons-nous d’abord sur ce que représente l’identité (vous pouvez aller sur la page d’homonymie de Wikipédia si vous voulez). L’identité, c’est ce qui nous fonde, ce que nous sommes. L’identité se forge forcément par rapport aux autres, grâce au fait que nous sommes différents des autres. La société à besoin de ces différences entre ces identités pour fonctionner. Imaginez (juste un instant) un monde où tout le monde s’appellerait Jean-Luc Mélenchon (nom pris tout à fait au hasard), vous ne pensez pas que ce serait le bazar ?

Pour moi (je n’ai aucune validation sociologique ou anthropologique, c’est juste ce que je pense), l’identité c’est une somme d’appartenances et d’attachements. Cette définition peut se concevoir à la fois dans le sens individuel et dans le sens collectif de l’identité.

L’identité au sens individuel.

Prenons mon exemple personnel. Je suis rennais, breton, français, européen, ce qu’on appelle citoyen du monde. Je suis de gauche, écologiste, fédéraliste. Je milite à l’UDB. J’aime le jazz, la SF, et tant d’autres choses. J’ai fait des études d’environnement et j’ai travaillé en tant que chargé de communication. Je suis barbu (c’est hyper important ça). Je vis en couple. Voici la liste non exhaustive de mes appartenances et attachements, ce sont elles qui fondent mon identité, ce que je suis.

Je précise que ces appartenances s’enrichissent les unes les autres. Si je n’étais pas breton, je serais sans-doute de gauche et écologiste, mais pas certainement pas de la même façon. Mais l’inverse est vrai aussi, mon appartenance à la Bretagne est modifiée par mes autres appartenances (politiques, culturelles, française, européenne…).

Notons au passage que ces appartenances ou attachements n’ont de sens que collectivement. Mes appartenances géographiques ou politiques, mes gouts artistiques, mes expériences professionnelles, même le fait d’être barbu, renvoient toutes à une communauté de personnes. Mon nom aussi (y compris mon prénom) renvoie à une communauté de personnes, celle que j’appelle ma famille. Même mon surnom fait référence aussi à d’autres personnes.

L’identité au sens collectif

Prenons l’exemple de l’identité bretonne. Nous sommes 3.993.360 à nous considérer comme breton (nombre obtenu en faisant un calcul rapide à partir de ces infos ici et ) . Ce sont près de 4 millions de sentiments d’appartenance ou d’attachement à la Bretagne.

Tous ces sentiments sont différents. Tout le monde ne voit pas en la Bretagne la même chose (entre la nation et la simple région administrative, la palette de choix est très large). La Bretagne et sa culture sont tellement riches et diverses que les raisons d’y être attaché sont particulièrement nombreux.

Le sociologue Ronan Le Coadic est un spécialiste de cette question. Il a interrogé beaucoup de bretons sur leur appartenance. Il témoigne que les réponses sont très diverses (le seul élément apparaissant à chaque fois étant le beurre salé).

L’identité bretonne, c’est la somme de ces près de 4 millions de appartenances et attachements, tous différents, tous plus ou moins forts ou importants. Ce qui fait la force de l’identité bretonne, c’est cette diversité.

Bien sur, on souhaiterait que la conscience en l’existence du peuple breton ou que la connaissance de l’Histoire de Bretagne soient mieux partagées par les bretons. Mais le simple fait de coller un autocollant « A l’aise Breizh » est un bon début, et participe à l’identité bretonne.

La diversité c’est l’ouverture

Revenons-en à ces accusations de repli identitaire qui reviennent sans-cesse sur le tapis. Contrairement à ce que pensent les jacobins, l’identité n’est pas forcément source de repli mais peut être au contraire une source d’ouverture.

L’important est de comprendre la différence entre une identité ouverte et un identité repliée sur elle-même. Comme je l’ai dit, l’identité est une somme d’appartenances et d’attachements. Cette somme est plus ou moins importante selon les cas.

C’est l’importance de cette somme qui fait son ouverture. Plus les appartenances et attachements qui forment l’identité sont nombreux et divers, plus cette identité est diverse et ouverte. Ceci fonctionne évidemment pour le sens individuel comme pour le sens collectif.

La diversité est une richesse. Le contraire de la diversité, c’est la pauvreté. Le repli identitaire, c’est une identité pauvre, c’est à dire une identité qui manque de diversité, dont les appartenances et attachements sont trop rares.

Cela arrive lorsque une appartenance prend le pas sur les autres, voir lorsqu’une appartenance est tellement exclusif qu’il empêche tout autre appartenance. Le repli identitaire c’est donc lorsqu’on est QUE breton, QUE français, voir QUE citoyen du monde.

Et c’est là qu’apparait le nationalisme. Le nationalisme (pour rappel, ce que je pense du nationalisme) c’est justement de l’exclusivisme, c’est le refus d’avoir plusieurs appartenances.

C’est pour cela que ceux qui sont le plus engagés dans le nationalisme en France (à l’extrême-gauche, à gauche, à droite, à l’extrême-droite) sont ceux qui sont les plus opposés à la fois à l’Europe et aux identités « régionales ». L’identité française, lorsqu’elle est perçue comme identité nationale, ne permet pas d’autres appartenances à coté.

Et lorsque Manuel Valls ressort l’argument du repli identitaire quand les alsaciens défendent leur territoire et leur culture, c’est l’hôpital qui se fout de la charité. C’est bien la preuve que Valls n’a rien compris à Alsace, et sans-doute rien, de façon plus générale, aux territoires qui composent la France. L’Alsace est par essence transfrontalière, elle est à la fois alsacienne, française, allemande, suisse, européenne (je rappelle que Strasbourg est une des capitales de l’Europe), rhénane. Elle est bien plus riche, diverse et ouverte que l’identité française telle que se la représente Valls.

J’en ai plus que marre de me faire accuser de repli identitaire par des nationalistes. Ce sont eux qui sont repliés sur eux mêmes avec leur identités nationale, avec leur monolinguisme. Dorénavant je ne me casserai plus la tête à chercher à me justifier. Je me contenterai de retourner le compliment. Le repli est nationaliste et uniquement nationaliste. A bon entendeur, salut !

Aylan : parce que malheureusement il est parfois nécessaire de choquer.

Cette semaine, les photos d’un enfant kurde de Syrie mort noyé sur les côtes de Turquie ont agité les réseaux sociaux. La question qui est posée aujourd’hui est de savoir s’il fallait ou non diffuser ces photos.

A cette question, je réponds clairement oui. J’ai d’ailleurs personnellement participé à cette diffusion. Bon, vous connaissez déjà mon avis général sur le sujet (pour rappel : http://jefbzh.net/trash/ ). Mais dans cette situation précise, la diffusion de ces photos me paraissait encore plus nécessaire.

Rappelons d’abord le contexte. Depuis plus d’un an, des intégristes islamiques de la pire espèce sèment la terreur en Syrie et en Irak. La guerre y fait rage. Tout naturellement et légitimement (quoiqu’en dise Nadine Morano) les populations civiles fuient cette horreur et se retrouve dans les pays voisins (le Liban, la Turquie, les zones turques libres…). Mais ces territoires ne peuvent techniquement pas accueillir cet afflux de réfugiés. Alors, et là aussi c’est légitime, ces personnes tentent la traversée de la Méditerranée afin de rallier les pays occidentaux. Notons aussi que d’autres populations fuient aussi l’intégrisme islamique, la guerre et le chaos en Lybie, en Somalie, au Nigéria…

Seulement voila, ces pays occidentaux ne veulent plus de ces migrants. Depuis de nombreuses années, ils ont restreint les règles et fermé les portes. On parle même de l’Europe forteresse. En Europe, ce sont les égoïsmes nationaux qui règnent. Les conventions de Dublin (http://www.lacimade.org/poles/defense-des-droits/rubriques/2-droit-d-asile-?page_id=5363) ont institué une règle qui veut que c’est le premier pays dans lequel les migrants arrivent qui doit absolument tout gérer. Mais ces pays sont le plus souvent les moins riches (telle la Grèce par exemple) et sont les moins à même de bien accueillir les réfugiés.

Donc depuis plusieurs mois, les drames en Méditerranée se multiplient. Les pays du sud de l’Europe tirent la sonnette d’alarme mais les pays du nord restent sourds. Aylan n’était pas le premier enfant mort noyé dans cette histoire. Mais jusqu’à présent presque rien de bougeait. La commission européenne avait proposé un plan, certes sans-doute pas parfait, de quotas d’accueil, qui a été rejeté en bloc sans que rien d’autre ne soit proposé. Seule l’Allemagne, qui connait des problèmes de démographie, était prête à accueillir quelques migrants.

Et donc les drames continuaient à se multiplier sans que nos dirigeants réagissent. Ils en parlaient bien quand-même. Mais ils parlaient de la misère du monde qu’on ne peut pas accueillir, de problèmes de logement, de problèmes de budget. Ils parlaient même de problème de « fuite d’eau ».

Et puis vient cette photo de ce petit bonhomme allongé dans le sable de façon absurde, et cette photo de ce garde-côtes turque complètement désemparé. Ce qui saute aux yeux dans ces photos, c’est leur humanité, et leur absurdité. Oui, Aylan était un petit être humain, et sa mort est absurde.

Grâce à ces photos, la réalité à changé. Ces réfugiés ont cessé d’être des statistiques, de la misère du monde qu’on ne peut pas accueillir, un problème de fuite d’eau. Ils sont redevenus des êtres humains. Et toute l’horreur de la situation nous frappe au visage. Des êtres humains sont en train de mourir à nos portes, et nous ne faisons rien à cause de nos égoïsmes.

Alors, s’il fallait une raison, une seule raison à la diffusion de ces photos, c’est l’attitude de nos dirigeants, notamment « socialistes » (maintenant, je mets des guillemets à « socialiste » lorsque je parles des gens du PS) qui avant cela ne faisaient rien pour que les drames cessent et qui d’un coup se sont émus, et on décidé de réagir. Ces dirigeants « socialistes », je leur en veux déjà pour tout un tas de choses, mais aujourd’hui je leur en veux encore plus pour cette mort absurde et ces photos tellement dures qui ont été nécessaires pour qu’ils daignent enfin réagir.

Pour cet article, j’ai exceptionnellement décidé de ne pas mettre d’iconographie. Les images, elles ne sont plus nécessaires, et nous les avons suffisamment en tête.

Françafrique, Bolloré, OGM, Monsanto : Samedi 23 mai, journée militante de solidarité avec l’Afrique

Le samedi 23 mai à Rennes auront lieu deux actions militantes, organisées par deux mouvement distincts, sans concertation, sans lien apparent. Ces deux actions ont pourtant trois points communs :

  • La lutte contre la rapacité du capitalisme occidental en Afrique avec la complicité du pouvoir politique
  • La solidarité de nous citoyens agissant à Rennes, en Bretagne, en Europe vis à vis des peuples d’Afrique.
  • La mise en exergue des conséquences et des implications de l’attitude des pays occidentaux ici en Europe.

La première action (par ordre chronologique), est organisée par le collectif de soutien aux personnes sans papier de Rennes et vise à dénoncer le soutien de la France et du groupe Bolloré à la dictature au Cameroun (voir le tract ci-dessous). Le rendez-vous est donné à l’arrêt de bus des Lices de la ligne 2 le samedi matin à 10h30 pour un rassemblement sur place et une action dans un lieu tenu secret.

Notre Ami Le President

La deuxième action est la marche contre Monsanto et pour la souveraineté alimentaire, en soutien au mouvement au Burkina Faso (la première marche est celle de Ouagadougou). Plusieurs dizaines de marches auront lieu le 23 mai partout dans le monde (dont à Rennes, à Brest, à Carhaix et à Nantes) pour soutenir les paysans burkinabés qui luttent contre l’offensive de Monsanto pour imposer les OGM dans ce pays (voir le tract ci-dessous). La marche de Rennes, qui se rassemblera à partir de 14h Place de la Mairie, est à l’appel de plusieurs organisations dont l’Union démocratique bretonne.

Pour télécharger le dossier de presse http://www.mce-info.org/upload/File/Dossier_presse_Marche_Monsanto_Rennes23mai.pdf

L’évènement sur Facebook https://www.facebook.com/events/1617007215185992/

L’article sur le site d’Ingalañ http://www.ingalan.org/004-burkina-faso/083-une-situation-d-urgence-mais-des-solutions-existent/401-rennes-marchera-avec-ouaga.html

Le site Combat Monsanto http://www.combat-monsanto.org/

Et c’est bien en tant que militant de gauche, militant écologiste et militant breton (donc forcément solidaire des autres peuples) que je participerai à ces deux actions samedi, et que j’invite tous mes camarades de lutte à m’accompagner.

Anticapitaliste

Précision préliminaire : ma position anticapitaliste s’inscrit totalement dans mon système de pensée à la fois radical et pragmatique. Pour celles et ceux qui n’auraient pas lu l’article sur le sujet http://jefbzh.net/radical-pragmatique/

Merci donc d’avoir bien cela en tête pendant la lecture. De toute façon, nous allons y revenir.

Qu’est ce que le capitalisme ?

J’ai compris ce qu’était réellement le capitalisme fin 2003 début 2004. A l’époque, il y avait à Rennes, dans le quartier du Blosne, une usine de l’entreprise STMicroelectronics (voir l’article sur Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/STMicroelectronics). ST était alors considérée comme relativement éthique et responsable sur les plans sociaux et environnementaux. L’entreprise était en bonne santé financière. L’usine de Rennes ne posait aucun problème. Il n’y avait pas de conflit social. Elle ne présentait pas de signe d’obsolescence particulier. Les produits qui y étaient fabriqués étaient de bonne qualité. L’usine était rentable.

Seulement voila, elle n’était pas assez rentable. 2 à 3 % , c’est à peine plus qu’un livret A, pas intéressant. Alors ST a décidé de fermer sont usine à Rennes et de la remplacer par une autre à Singapour. ST a préféré construire de nouvelles installations et de se séparer de celles qu’elle possédait déjà, a préféré devoir gérer un conflit social et payer des indemnités de licenciement, a préféré voir son image ternie, tout ça, non pas pour arrêter de perdre de l’argent, mais pour en gagner encore plus.

C’est là que j’ai compris que dans un système capitaliste, le but d’une entreprise n’était en rien de participer au fonctionnement de la société, d’employer des personnes, ni même de fabriquer des produits ou de fournir des services. Non, le seul et unique but d’une entreprise privée est gagner du fric, rien d’autre, et d’enrichir ses actionnaires, ou le échéant ses créanciers.

Le capitalisme n’a aucune autre préoccupation que l’argent. Toutes les autres sont plus que secondaires et ne sont jugées comme pertinentes que si elles permettent de gagner de l’argent, ou évitent d’en perdre. Quand Henri Ford avait augmenté le salaire de ses employés, c’était pour qu’ils puissent lui acheter des voitures. Quand une entreprise diminue sa consommation d’eau ou d’énergie, c’est pour faire des économies. Quand une entreprise agit en faveur de l’environnement, elle ne manque surtout pas de communiquer sur ses actions car elle sait que cela lui fait de la publicité.

Capitalisme et économie de marché, ce n’est pas la même chose.

Le capitalisme et l’économie de marché sont souvent considérés comme étant une seule et même chose. Je pense que c’est une erreur. Cette erreur est fréquente, dans le camp des anticapitalistes comme dans le camp des pro-capitalistes. C’est pourtant une erreur qu’il est salutaire de corriger, nous y reviendrons tout à l’heure.

Confondre capitalisme et économie de marché revient à confondre le véhicule et son moteur. L’économie de marché, c’est le système économique dans lequel nous vivons. Le capitalisme, c’est son moteur, ce qui le fait tourner, la motivation de la majorité de ses acteurs.

La principale preuve pour moi qu’il s’agit de deux choses différentes, c’est qu’il est possible de trouver des acteurs économiques qui participent à l’économie de marché mais qui ne sont pas régis par le principe du capitalisme.

Tout d’abord, l’économie sociale et solidaire. Toutes ces associations, coopératives, scoop… participent à l’économie de marché mais ne sont pas régies par les règles du capitalisme (en principe, et pour la plupart). Ce pan de l’économie est loin d’être négligeable. Il représente près de 8 % des salariés et 10 % du PIB (voir l’article sur Wikipédia).

Ensuite, le secteur public, même s’il a tendance à prendre des coups dans l’aile. Avant que l’entreprise ne soit privatisée, quand nous achetions un timbre pour le coller sur une enveloppe avant de la poster, cela participait bien de l’économie circulaire, ce n’était pas du capitalisme. La ville de Rennes vient de passer en gestion publique (via la SPL Eau du Bassin Rennais, pour visiter le site web). A présent, lorsque je paie ma facture d’eau, techniquement cela ne change pas grand-chose  par rapport à l’époque où je la payais à Véolia, cela participe toujours de l’économie de marché, mais ce n’est plus du capitalisme.

Enfin, je pense à tous ces petits patrons, ces indépendants, ces petits commerçant, ces paysans, ces intermittents du spectacle, qui essaient tant bien que mal de vivre tout en faisant le métier qu’ils aiment. Pour l’essentiel, ils ne sont pas mus par l’esprit du capitalisme qui consiste à toujours gagner plus d’argent. Ceci-dit, lorsqu’ils endettés jusqu’au cou, qu’ils doivent payer remboursement intérêts et pénalités, ils participent bel et bien, mais malgré eux, au capitalisme.

Anticapitaliste parce que de gauche.

Pour moi, être de gauche, c’est simple, c’est refuser l’injustice sociale. C’est refuser de voir certains qui possèdent déjà bien plus que ce dont ils ont besoin s’enrichir encore, tandis que d’autres ne peuvent avoir accès aux soins, à une nourriture saine, à un logement décent, à la sécurité, à la culture, à la connaissance, aux loisirs, à des perspectives d’avenir, à la dignité… simplement parce qu’ils n’en n’ont pas les moyens financiers.

Le capitalisme, c’est le principe que l’économie doit avoir pour but de permettre au capital de générer du capital, de faire en sorte que ceux qui possèdent de l’argent puissent en gagner encore plus. Gagner de l’argent, mais au dépend de qui ? Au dépend de ceux qui sont spoliés de bien à l’origine communs. Au dépend de ceux dont le travail n’est pas rétribué à sa juste valeur. Au dépend de ceux à qui on a bourré le mou afin qu’ils consomment, consomment, et consomment encore, quitte à s’endetter, des merdes dont ils n’ont pas besoin…

Comme je l’ai dit plus haut, le capitalisme ne s’intéresse qu’à l’argent. Le reste, si ça ne lui fait pas gagner d’argent ou ne risque pas de lui en faire perdre, il s’en fout carrément. Le capitalisme n’est simplement générateur d’injustice sociale par nature, il est de l’injustice sociale par principe.

Les gens qui se disent de gauche mais acceptent le capitalisme soit ne sont plus de gauche car ils ont fini par accepter l’injustice sociale, soit se trompent sur la nature du capitalisme en le confondant avec l’économie de marché.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que lorsqu’on s’intéresse à l’histoire de la gauche, on observe que le socialisme s’est créée au moment où le capitalisme se développait. La gauche, telle qu’elle existe depuis le XIXème siècle, est née en opposition précisément au capitalisme. Si le capitalisme n’avait jamais vu le jour, la gauche ne serait pas telle qu’elle est aujourd’hui.

Anticapitaliste parce qu’écologiste.

Pour moi, être écologiste ne se résume pas à défendre les petits oiseaux. Être écologiste, c’est d’abord être conscient de l’existence d’une crise écologique majeure, de son ampleur de sa portée, de sa complexité, de son urgence, du fait qu’elle impacte tous les aspects de la société. C’est ensuite intégrer les données environnementales dans l’ensemble de ses réflexions, quels que soient les domaines.

Comme je l’ai écrit plus haut, le capitalisme n’est là que pour gagner de l’argent. Il se fout de tout le reste, et en particulier l’environnement. De fait, le capitalisme est sans-doute le principal responsable de la crise environnementale. (Certes, les régimes se disant communistes ont été pas mal non plus dans le genre. Mais d’une part, le communisme tel que nous l’avons connu au XXème siècle est mort [les quelques états qui persistent encore n’ont plus rien de communistes, et plus aucun parti politique pesant un tant soit peu dans le débat politique ne réclame la mise en place du soviétisme ou du maoïsme], et d’autre part le communisme n’était pas destructeur de l’environnement par nature, mais plutôt par ignorance dogmatique).

Il y a une chose qu’il faut bien comprendre. Le capitalisme s’est développé avec la révolution industrielle du XIXème siècle, c’est à dire avec le début de l’exploitation à grande échelle du charbon. Durant le XXème siècle, le capitalisme a particulièrement bien prospéré grâce à l’exploitation du pétrole. Le capitalisme est intrinsèquement lié à l’exploitation des ressources naturelles, notamment énergétiques, mais pas que. Et comme sa seule préoccupation est de gagner de l’argent, il les exploite sans se poser aucune question.

Pour gagner de l’argent il faut vendre, et pour vendre il faut produire. Comme le but du capitalisme est de gagner le maximum d’argent, il impose à la société de produire et de vendre toujours plus. C’est pour cela que le productivisme et son frère jumeau le consumérisme font partie intégrante du capitalisme. Le productivisme consiste à produire et à produire encore plus, sans se poser aucune question d’autre que ce que cette production rapportera comme argent. Le consumérisme est le système mis en place permettant à toute cette production de pouvoir être vendue, à tout prix, et in fine de gagner l’argent tant attendu.

Les écologistes ont bien compris que s’ils voulaient sauver la planète, il fallait mettre fin au productivisme et au consumérisme. Ce qu’ils n’ont pas tous compris, c’est que cela n’est pas possible sans mettre fin au capitalisme. De la même façon qu’un animal meurt si on lui enlève son système digestif, le capitalisme ne peut survivre sans productivisme et consumérisme. Le capitalisme lui, l’a très bien compris, et je peux vous garantir que tant que nous ne nous attaquerons pas directement au capitalisme, aucune avancée véritable n’aura lieu sur la question écologique.

Réguler le capitalisme ?

Beaucoup disent « oui, mais on peut réguler le capitalisme« . Il est vrai que pendant quelques décennies, nous avons connu un capitalisme relativement encadré, moins libéral, d’apparence moins prédateur. Mais il faut considérer plusieurs choses.

Nous sortions d’une crise économique qui nous avait conduit à une guerre sans précédent, le capitalisme n’était pas en mesure de dicter sa loi. Nous étions dans une période de reconstruction, de croissance économique, où l’énergie était particulièrement bon marché, le capitalisme pouvait se faire plein d’argent sans trop faire pression sur la société. Même si dans les pays économiquement riches, les avancées sociales n’étaient pas remises en cause, le capitalisme ne se gênait pas pour commettre des abus quand il le pouvait, notamment dans les régions encore à dominante rurale (comme en Bretagne) où prospéraient ce qu’on appelait les usines pirates, mais aussi dans les anciennes colonies où démarrait la néo-colonisation.

C’est aussi une période particulièrement noire pour l’environnement. Le productivisme et le consumérisme y fonctionnaient à plein régime. La réglementation dans le domaine était très limitée (donc aucune régulation du capitalisme à ce sujet). Les ressources naturelles sont très abondantes et sont exploitées au maximum. Il est d’ailleurs intéressant de noter que c’est à cette période que le mouvement écologiste commence à émerger.

Aujourd’hui, la situation est différente. La période de crise que nous connaissons actuellement, qui est une crise systémique et généralisée, change complètement la donne. Tout d’abord, en période de crise, le capitalisme, s’il veut prospérer, ne peut plus s’accommoder d’avancées sociales. Ensuite, l’étude des liens entre le capitalisme et la crise actuelle fait apparaitre un paradoxe qui nous permet de dire que le capitalisme ne peut plus être régulé, et de réclamer la fin du capitalisme.

Cette crise est une crise du capitalisme. Du fait de l’arrivée en bout de course de la croissance (phénomène mécanique et inévitable), du fait de la raréfaction des ressources (les deux sont liés, bien évidemment), le capitalisme ne peut plus fonctionner naturellement. Il a bien essayé de régler la situation en réduisant la part des profit revenant aux salaires, mais cela a provoqué une baisse de la solvabilité des consommateurs qui s’est rajoutée aux problèmes précédemment cités. Le capitalisme a alors du vivre à crédit. Il a fallu faire appel à des expédients de plus en plus complexes et de plus en plus douteux. Ce sont ces expédients qui nous ont conduit à la crise de 2008.

Bien que du au capitalisme, ce dernier est sorti renforcé de cette crise. Quoiqu’on en dise, ce qui est mort durant cette crise, c’est le libéralisme économique. Si nous avions suivi les règles du libéralismes, le système bancaire se serait sans-doute écroulé, ce qui n’était pas envisageable. Alors nous sommes entrés dans une nouvelle ère, celle de l’interventionnisme étatique en faveur du capitalisme. Aujourd’hui, la seule optique de l’intervention des États en matière économique consiste à permettre aux grandes entreprises de gagner encore et toujours plus d’argent. Tous les jolis discours qu’on peut entendre ici ou là ne servent qu’à cacher la réalité.

Aujourd’hui, les attaques du capitalisme se font tout azimut, il est responsable de tellement de problèmes, de natures différentes, partout sur la planète, que sa régulations apparait de plus en plus difficile. Exploitation de plus en plus effrénée des ressources, dégagement de gaz à effet de serre, production toujours plus importante de déchets, utilisation non considérée des avancées technologiques, travail des lobbies, paradis fiscaux, exploitation des travailleurs dans les pays économiquement pauvres, formations de bulles boursières… la liste est longue.

Face à ces attaques, la puissance publique est de plus en plus démunie. Les États se sont affaiblis en tentant de maintenir le système en place. Le capitalisme s’est organisé et agit maintenant au niveau mondial mais les capacités de régulation au niveau supranational sont quasiment inexistantes et très limitées.

Et puis, quand bien même, les atteintes du capitalisme sont tellement profondes, nombreuses, complexes, interconnectées, touchants tellement de domaines ; si nous arrivions à le réguler totalement afin qu’il ne provoque plus aucun problème, pourrions-nous toujours parler de capitalisme ? N’aurions-nous pas réussi a toucher le système dans son cœur ? Ne serait-ce pas finalement une sortie du capitalisme qui ne dirait pas son nom ?

La fin du capitalisme, quoi qu’il advienne.

Je l’ai dit plus haut, le capitalisme ne peut plus fonctionner naturellement. Il a bien trouvé des expédients pour faire durer les choses, mais ceux-ci ne font que provoquer des crises qui le mettent encore plus à mal. Il lui faut alors mettre à contribution les États, mais ces derniers s’affaiblissent de plus en plus et ne pourront bientôt plus l’aider. Cela est d’autant plus prégnant que le capitalisme laisse de plus en plus de laissés pour compte. Ceux-ci commencent à ne plus pouvoir consommer, même à crédit.

Les atteintes à l’environ-nement deviennent tellement importantes que leurs coûts ne pourront bientôt plus continuer à être externalisés. Il pèseront alors pleinement sur l’économie, et donc sur le capitalisme. Celui-ci devra alors assumer, ce que par nature il ne sait pas faire.

Les crises économiques provoquent des crises sociales de plus en plus dures à gérer par le système en place. Ces crises sociales risquent de dégénérer en crises politiques dangereuses pour le capitalisme.

Ces données font que de plus en plus de personnes estiment que les jours du capitalisme sont comptés et que dans les 50 ans qui viennent il est voué à disparaitre.

La question importante est alors de savoir ce qu’il y aura à la place. Trois réponses sont encore possibles :

  • Si rien n’est anticipé : le délitement de l’économie de marché et du système politique actuel, et pour finir le chaos.
  • Si les tenant du capitalisme anticipent : la mise en place d’un système encore pire que le capitalisme et sans doute la fin de la démocratie participative.
  • Si la gauche et le mouvement écologiste anticipent : c’est à nous de l’inventer, mais je suis persuadé que c’est possible.

Alors, comment on fait ?

Déjà, je rappelle que si je suis radical, je suis aussi pragmatique. Il ne s’agit pas ici de faire la révolution (au sens où nous l’entendons habituellement, j’entends). Je n’ai pas non plus l’intention d’envoyer les patrons au goulag. La sortie du capitalisme a trop longtemps été portée uniquement par des communistes révolutionnaires ou par des anarchistes radicaux. La sortie du capitalisme s’est ainsi retrouvée avec une image sulfureuse, et il me semble important de l’en séparer.

Ensuite, bonne nouvelle, je rappelle que le capitalisme ce n’est pas l’économie de marché. Sortir du capitalisme cela ne veut pas dire sortir de l’économie de marché. Cela veut seulement dire réformer cette économie de marché. La tâche est ainsi moins ardue.

Première question : L’économie de marché peut-elle fonctionner sans le capitalisme ? La réponse est clairement oui. L’économie sociale et solidaire et le secteur public sont là pour le prouver.

La sortie du capitalisme est possible. Si on veut qu’elle se fasse dans de bonnes conditions, il faut qu’elle soit progressive, mais menée de façon volontariste et déterminée. A l’échelle d’un État-nation, cela serait difficile, mais au niveau d’une Europe démocratique et sociale cela pourrait se faire sans problème insurmontable.

Le chantier est immense et multiple. Plusieurs pistes sont donc à poursuivre.

Tout d’abord, la sortie du capitalisme doit se faire dans les têtes. Se dire que nous pouvons nous en passer, et décider de le faire vraiment. Savoir que nous sommes en train d’en sortir.

Évidemment, soutenir, renforcer, promouvoir, développer toutes les alternatives au capitalisme : comme de juste l’économie sociale et solidaire (dont certains éléments mériteraient une refondation basée sur les valeurs historiques) et le secteur public, mais aussi la philosophie du libre, le couple bénévolat-revenu de base, les SEL (système d’échange local, voir l’article sur Wikipédia) et plus généralement les monnaies locales (voir article sur Wikipédia), les AMAP (http://www.reseau-amap.org/), la ruche qui dit oui (https://laruchequiditoui.fr/fr)…

Sortir du productivisme. Déjà sortir de la croissance. Ce thème mériterait un article à lui seul. Toute notre économie, et surtout toutes nos politiques publiques sont basées sur la croissance continue et exponentielle du PIB, ce qui est de toute façon totalement illusoire. Il nous est pourtant possible d’avoir une activité soutenue, de créer de l’emploi sans nous baser sans cesse sur le PIB qui ne devrait être qu’un indicateur parmi d’autres. Je ne m’attarde pas.

Une fois sortis de la croissance, il nous sera beaucoup plus facile de réguler l’économie pour la faire sortir du productivisme. D’autant plus que la sortie de la croissance doit forcément s’accompagner d’une transition écologique de l’économie. Certains secteurs seront développés tandis que d’autres seront incités à, voir contraints de décroitre.

Sortir du consumérisme. Le consumérisme est un ensemble de dispositifs qui sont là pour nous pousser à consommer : publicités, crédits à la consommation, grande distribution, mode, soldes… Tous ces dispositifs peuvent être facilement encadrés, régulés, taxés, réduits, voir à terme supprimés sans trop de difficultés. Il s’agit avant tout de volonté politique.

Abolir la bourse. Nous le savions avant mais depuis la crise de 2008 c’est devenu évident, la bourse est devenue complètement déconnectée de l’économie réelle, ce qui créé des bulles qui provoquent la plupart des crises économiques. De plus, de part certains de ses mécanismes, la bourse permet à des petits malins de gagner indûment de l’argent. Enfin, la bourse est complètement inutile à une économie non capitaliste. J’entends bien qu’abolir la bourse du jour au lendemain pourrait s’avérer difficile. Peut-être faudra-il la vider progressivement de sa substance en commençant par ses activités les plus inutiles et nuisibles, puis à terme se rendre compte qu’elle est complètement obsolète et inutile.

Réformer la fiscalité en profondeur. Une des promesses que Hollande n’a pas tenues. Nous devons commencer par supprimer toutes ces niches fiscales qui permettent à tous ces riches de ne payer pratiquement pas d’impôts. Nous devons arriver à un impôt réellement et fortement redistributif. Plus aucun cadeau fiscal ne doit être fait aux grosses entreprises. Celles-ci ne doivent pas pouvoir échapper à l’impôt comme nous le voyons trop souvent. Les charges patronales ne doivent plus dépendre de la masse salariale mais du bénéfice. La fiscalité doit aussi avoir un rôle incitatif. Les capitalistes ne comprennent que le langage de l’argent. Grâce à l’impôt, ils comprendront très bien ce que nous leur dirons. Dans la fiscalité, je classe aussi le salaire maximum, très bon moyen de sortir du capitalisme (voir l’article Wikipédia). Évidemment, la lutte efficace contre l’évasion fiscale et contre les paradis fiscaux doit être une priorité. Elle doit être très volontariste et sans pitié, et doit engager des moyens importants.

Réformer le système bancaire. Le secteur bancaire est un des principaux responsables de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Le secteur bancaire doit être particulièrement bien encadré et contrôlé. Dans un premier temps, les banques de dépôt et les banques d’investissement doivent être séparées. Mais ce n’est pas suffisant. Leurs activités les plus nuisibles à l’économie, à la société et à l’environnement doivent être lourdement taxées, voir interdites. Une banque en difficulté ne pourra plus être aidée par la puissance publique. En cas de risque de faillite, elle sera nationalisée. A terme, les banques seront incitées à adopter un statut mutualiste.

Nationaliser ou renationaliser ce qui n’aurait jamais du être privatisé. (je n’aime pas trop le mot « nationalisé », mais bon…) Je pense ainsi aux domaines de la santé, de l’énergie, de l’eau, de l’éducation, des transports, du traitement des déchets. Les acteurs de l’économie sociale et solidaire présents dans ces domaines doivent être conservés car ils sont utiles et profitables (y compris au secteur public). Attention, le secteur public ne doit pas se retrouver au mains d’une technocratie éloignée du terrain et des gens mais être contrôlé démocratiquement au plus près des citoyens.

Réformer les statuts des auto-entrepreneur, des commerçant, des TPE, des intermittents… afin d’avoir un système solidaire qui s’adapte à tous.

Introduire la démocratie dans les entreprises. Des élus (au niveau européen, étatique, régional et local, tout cela devra être étudié en fonction de la taille de l’entreprise), des représentants de la société civile (défense des consommateurs, défense de l’environnement, voisinage…) ainsi que évidemment des représentants des salariés seront intégrés dans les instances dirigeantes des entreprises. Le capital ne pourra plus y être majoritaire. Le passage d’une entreprise à un statut de coopérative sera encouragé, facilité, voir incité.

Revenir à une paysannerie familiale à taille humaine. Libérer l’agriculture des grands groupes industriels et de la grande distribution. Favoriser les circuits courts. (Il y a plein d’autres choses à faire au niveau agricole, mais là je me contente de ce qui concerne la sortie du capitalisme.)

Sortir du capitalisme parce que c’est possible.

Pour conclure, lorsque je relis toutes ces mesures,  je me rends compte que certaines sont plus radicales que d’autres et peuvent au premier abord faire peur. Je suis bien conscient (et je vous demande de l’être aussi) qu’il faudra un peu temps pour que certaines mesures puissent s’appliquer sans trop de heurts dans la société. Comme je l’ai dit plus haut, j’envisage la sortie du capitalisme de façon progressive, sans-doute sur 10 à 20 ans.

Après, lorsque je relis ces mesures, je me rends compte aussi qu’elles ne sont pas farfelue, inapplicables ou irréalistes. Bien sur, elle ne pourront être appliquées que si les conditions politiques le permettent, ce qui j’en conviens est loin d’être actuellement le cas. Mais on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait.

S’il ne fallait retenir que deux raisons pour lesquelles nous devrions sortir du capitalisme, parce qu’il est nuisible et parce que nous pouvons nous en passer. Tout simplement.

Attaque de Charlie Hebdo : Triste jour pour la démocratie

Ce mercredi 7 janvier 2015 est un triste jour pour la démocratie. Ce matin, deux individus, visiblement des activistes islamistes, se sont introduits dans les locaux de Charlie Hebdo, armés d’armes automatiques, au moment où se tenait la conférence de rédaction. Ils ont fait usage de leurs armes avec l’intention claire de faire le maximum de victimes, puis se sont enfuis en voiture. Au moment où j’écris ces lignes, on déplore 12 morts et plusieurs dizaines de blessés.

Pas d’hypocrisie.

Je vais commencer par préciser que je ne ferai pas ici l’hypocrite. Je n’aime pas Charlie Hebdo. J’estime que cet hebdomadaire attise la haine. Il a montré à plusieurs reprises son intolérance. Il méprise et insulte facilement ceux qui n’ont pas l’heur de leur plaire. Il cherche rarement à faire la part des choses et ne s’intéresse pas au conséquences de ce qu’il peut publier.

Depuis quelques temps, Charlie Hebdo, en voulant critiquer l’islamisme, s’est mis à publier des choses de plus en plus méprisantes sur l’islam et les musulmans. Il a ainsi, d’une part participé à la banalisation de l’islamophobie, et d’autre part incité les musulmans à se radicaliser. (Parce que quand on se fait insulter, on se radicalise. C’est un phénomène naturel.) En un mot, Charlie Hebdo a fait preuve d’irresponsabilité.

Ne comptez donc pas sur moi pour dire que « je suis Charlie » ni même que je soutien Charlie Hebdo. Je soutien de tout cœur les victimes, leurs familles, leurs proches. Je m’inquiète pour la liberté de la presse. Mais désolé, je ne peux pas soutenir un titre qui a insulté à plusieurs reprises ce que je suis et qui était en train de virer à l’extrême droite.

Injustifiable, inexcusable, insoutenable.

Ceci étant écrit, l’attitude de Charlie Hebdo ne justifie absolument pas ce qui s’est passé. D’une part parce que face à la satyre, aussi peu respectueuse soit-elle, seule la réponse verbale est appropriée. Toute autre réaction serait disproportionnée et non pertinente. D’autre part, et surtout, parce que ce que rien ne peut justifier ce qui s’est passé ce matin.

Le terrorisme, dans son sens étymologique, c’est à dire l’usage de la terreur, est une des choses les plus viles et les plus méprisables qui soient. Imposer ses vues par la violence et la peur ne peut être l’œuvre de personnes qui ne savent pas faire autrement. Autrement dit des imbéciles (des faibles, entendre faibles d’esprit) et des débiles (des malades, entendre malades mentaux). Car oui, le terrorisme relève de la psychiatrie. Tout ce que méritent ces gens, c’est d’être enfermés à vie dans un hôpital psychiatrique et d’être neutralisés de façon permanente par une camisole chimique (je ne suis pas médecin, mais je préconise un mélange à forte dose d’haldol et de rohypnol).

Le terrorisme n’appelle qu’une seule chose : la condamnation. Rien ne peut justifier le terrorisme. Rien ne peut amoindrir la condamnation du terrorisme. Aucun contexte, aucune situation ne peut excuser le terrorisme. Nous ne pouvons que refuser et combattre de tels actes.

Je comprends ceux qui disent que Charlie Hebdo l’a bien cherché, voir a mérité ce qui leur arrive, mais je pense qu’ils commettent une faute. Personne ne mérite de se faire tuer pour avoir osé s’exprimer. Personne ne mérite de vivre dans la peur à cause de ses opinions. Personne ne mérite d’avoir à se taire pour ne pas avoir à risquer sa vie. Certes, les gens de Charlie Hebdo sont des irresponsables, mais être irresponsable n’a jamais mérité autre chose que de se faire engueuler.

Excuser le terrorisme, c’est le soutenir. Soutenir le terrorisme, c’est ouvrir une boite de Pandore qui ne peut se refermer qu’après de longues et terribles souffrances. C’est inacceptable.

Islamisme = extrême-droite.

Les individus qui ont commis ces actes se sont clairement réclamé de l’islamisme. Rien d’étonnant à cela vu qu’ils étaient devenus la cible préférée de Charlie Hebdo.

L’islamisme connait une dynamique depuis plusieurs années qui s’est encore accrue ces derniers mois, notamment en Syrie et en Irak. On peut même observer une sorte de surenchère entre groupes concurrents. Plus inquiétant encore, cette montée de l’islamisme s’observe aussi dans les pays occidentaux, et pas uniquement parmi les populations d’origine immigrée.

Intolérance vis à vis de toute différence, de toute contestation, de tout compromis ; refus de toute critique ; usage de la violence, et nous l’avons vu la plus vile qui soit ; absence de modération ; recherche de la politique du pire : l’islamisme, comme tout intégrisme religieux, relève très clairement de l’extrême-droite.

L’islamisme et l’islamophobie doivent être mis dans le même sac de l’extrême-droite car ils relèvent des mêmes principes. Ils sont tout autant détestables et doivent être condamnés et refusés avec la même ardeur. Ils se nourrissent des mêmes choses et doivent être combattus de la même façon.

Aujourd’hui je suis triste.

Aujourd’hui je suis triste. Triste évidemment pour les victimes et leurs proches. Mais triste aussi pour l’avenir qui s’assombrit encore plus devant nous. Car islamisme et islamophobie ne peuvent que sortir renforcés de tout ceci.

Les discours banalisant l’islamophobie, notamment ceux émis par Charlie Hebdo ont trouvé ainsi leur justification. Tous ceux, convaincus ou tentés par l’islamophobie, par réaction et pour prouver qu’ils ne cèdent pas à la terreur, se retrouvent encouragés dans leurs discours et leurs amalgames nauséabonds.

La montée et la banalisation de l’islamophobie aura forcément pour conséquence une montée de la tension sur les musulmans. Ceux-ci seront tentés de se radicaliser. L’islamisme en France ne pourra qu’en sortir renforcé.

C’est une chose bien connue, la violence appelle la violence. Si islamophobie et islamisme se renforcent, les tensions vont augmenter et par la même les épisodes violents deviendront encore plus fréquents. Cette violence aura pour effet un renforcement de l’islamophobie et de l’islamisme. Tout ceci formant un cercle vicieux.

Ajoutons à cela un renforcement des politiques anti-terroristes de la part des états. Ces politiques ont parmi leurs caractéristique une diminution des libertés collectives et individuelles. Ceci est encore plus vrai si ces politiques visent plus particulièrement certaines parties de la population. Ce qui renforce encore plus le phénomène décrit plus haut.

Bien évidemment, tout cela est voulu et calculé par les terroristes. La politique du pire est leur spécialité.

Nous devons refuser tout ça.

Aujourd’hui, nous ne devons pas sombrer dans la fatalité. Il nous est possible de refuser tout ça et de casser ces cercles vicieux. Nous devons commencer par refuser tous les discours de haine, de refus de la différence, de non respect des autres. Nous devons renvoyer ceux qui méprisent les autres dans les cordes de leurs ignorances. Nous devons juger la violence pour ce qu’elle est réellement : une faiblesse, faiblesse intellectuelle, faiblesse psychiatrique, faiblesse culturelle.

Nous devons combattre l’extrême-droite, sous toutes ses formes. Les armes pour les combattre, nous les connaissons déjà : l’éducation et la connaissance (tout ceci est tellement riche que rien que  cela mériterait un article), les politiques sociales, la promotion du métissage et de la diversité culturels, la réintroduction de la convivialité dans notre société, la redécouverte de la solidarité… On pourrait continuer la liste.

La question que nous devons nous poser est de savoir si nous voulons rentrer dans le jeu des terroristes ou pas.

Pourquoi je n’utilise jamais le mot « nation »

Cette idée d’article me trottait dans la tête depuis un moment déjà, mais j’ai décidé d’attendre symboliquement le centenaire du début de la première guerre mondiale pour publier cet article. Cette guerre, qui s’est au final révélée totalement absurde, est en effet pour moi l’aboutissement ultime du nationalisme. Parce que, quel qu’il soit, le nationalisme aboutit bien souvent à la violence.

Qu’est-ce que la « nation », le « nationalisme » ?

Tout d’abord, essayons de définir un peu de quoi il s’agit. Ceci est ardu car ces termes peuvent désigner des choses différentes. La nation, dans son sens moderne, est un concept assez récent (XIXème siècle). Avant cela, le terme désignait grosso-modo le lieu d’origine, qu’il soit le village, la région ou le pays. Aujourd’hui, le sens du mot « nation » est proche de celui de « peuple », la différence est qu’il est aussi associé à l’idée d’État. Une nation serait ainsi un peuple doté d’une structure étatique ou qui aurait la revendication d’en posséder.

Un peu par fainéantise, aussi parce que j’en ai le droit (merci le libre), mais surtout parce qu’il résume parfaitement le problème, je vais reproduire ici le chapeau introductif de l’article de Wikipédia sur le nationalisme ( Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0. Source : Article Nationalisme de Wikipédia en français (auteurs) ) :

Le nationalisme est un principe politique1, né à la fin du XVIIIe siècle, tendant à légitimer l’existence d’un État-nation pour chaque peuple (initialement par opposition à la royauté, régime politique qui en France sera ensuite nommé Ancien Régime). Ce principe politique s’est progressivement imposé en Europe au cours du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Les historiens ne présentent pas ce nationalisme, en général, comme une idéologie, car il est peu et mal argumenté ou justifié par des intellectuels. Depuis son avènement il est en revanche facilement présenté comme une évidence dans la vie politique et sociale2.

Ce terme désigne aussi des mouvements politiques déclarant vouloir exalter une nation sous toutes ses formes (État, culture, religion, traditions, préférence nationale pour l’emploi…), par opposition aux autres nations et populations. Cette deuxième variante du mouvement s’est développée à partir de la fin du XIXe siècle, vers 1870 : chauvine et xénophobe, elle trouvait alors ses militants principalement dans la petite bourgeoisie3,4,5.

Le nationalisme apparaît aussi, à partir du milieu du XIXe siècle, comme un sentiment national plus ou moins répandu et exalté au sein de la population d’un pays, et s’invitant (surtout au XXe siècle) au sein de multiples doctrines ou idéologies politiques, allant du communisme (par exemple le concept de Patriotisme anti-impérialiste de Mao Zedong) et du fascisme (concept de Totalitarisme anticapitaliste de Benito Mussolini) jusqu’aux démocraties parlementaires, en passant par la Troisième Internationale léniniste. Ainsi il a souvent servi de justification aux épurations ethniques6 du XXe siècle, peut-être parce que le sentiment national est devenu « puissamment mobilisateur », comme l’avaient compris dès le printemps des peuples de 1848 certains conseillers de dynasties européennes et ottomane7,8.

Je n’aime pas ce mot « nation » à cause de ce vers quoi il mène.

Dans la définition de la nation, il y a la notion de revendication ou de légitimation de l’État. C’est pour moi un concept politique tout à fait artificiel inventé par les États, qu’il soient monarchiques ou post-monarchiques (d’aucuns parleraient de république) pour tenter de donner une légitimité à leur existence. Le concept a alors été repris par  les mouvements qui revendiquaient eux aussi pour leurs peuples un État. Et ceux-ci, quand ils ont pu accéder à l’indépendance, qu’ont-ils fait ? En bon révolutionnaires, ils se sont contenté de reproduire fidèlement le modèle de leurs anciens oppresseurs.

Après avoir légitimé l’existence des États, la nation a légitimé leurs actions, en premier les lieu les plus immorales : Défense de l' »unité nationale » et donc éradication de toute diversité culturelle sur le territoire ainsi que lutte souvent violente contre toute revendication séparatiste ou autonomiste ; politiques d’extension, colonialistes et/ou impérialistes, bien souvent pour des raisons économiques ; idéologies xénophobes et/ou racistes. La nation a ainsi pu justifier la folie furieuse d’Hitler et presque tout le monde a suivi, sans broncher.

Ce que j’observe, quand je vois un nationaliste (quel qu’il soit), c’est une notion d’exclusive : « Je suis xxxx, et surtout pas yyyyy. » Elle apparait d’ailleurs très clairement dans la constitution française : « La France est une République une et indivisible ». « Le français est la langue de la République ». C’est cette notion d’exclusive qui empêche certains militant de gauche ou d’extrême-gauche de comprendre que la puissance publique ou même la lutte pour les droits sociaux peuvent se concevoir dans d’autres cadres que celui de l’État-nation. C’est aussi cette notion d’exclusive qui fait que certains déclarent que la défense des identités locales est forcément un repli sur soi. Mais regardez-vous donc, dans cette affaire, les gens repliés sur eux, c’est vous.

La couverture d’un livre qui montre bien comment la première guerre mondiale a été préparée.

Et j’en reviens au souvenir de la première guerre mondiale. Cette guerre absurde n’aurait jamais du avoir lieu. Elle n’a été rendue possible que parce qu’elle a été préparée par les États français et allemand (prussien) pendant des décennies, et elle a été préparée dans un esprit nationaliste. Qu’est-ce qu’il l’a rendue possible sinon l’esprit revanchard français (« Rendez-nous l’Alsace-Lorraine ») et cet esprit de supériorité français et allemand ?Qu’est-ce qui a rendu possible cette guerre sinon ce nationalisme qui régnait en maitre en Europe à l’époque ? Et qu’est-ce qui était tant reproché à Jean Jaurès lorsqu’il a été vilipendé, lorsqu’il a été tué ? Tout simplement le fait de ne pas être nationaliste. Jaurès n’était pas un nationaliste, et c’est sans-doute ce qui lui a permis de tomber amoureux de l’occitan.

Le nationalisme et la pornographie.

Attention, cette section peut être jugée comme trash, j’invite les personnes sensibles à passer à la suite. Pour rappel, voir mon article Trash

J’ai eu l’occasion de croiser le fer avec un flamand spécialiste du nationalisme, Eric Defoort, qui pour justifier le nationalisme flamand utilise une métaphore sexuelle. Pour lui, il faut faire la différence le nationalisme d’extrême-droite qu’il compare à la pornographie, et le nationalisme qu’il pratique qu’il compare au sexe normal, notamment celui qui accompagne l’amour entre deux personnes.

Mais ce qu’il oublie de dire, c’est qu’il n’y a pas que le nationalisme d’extrême droite qui est immoral et condamnable. Il y a d’autres formes de nationalisme qui peuvent elles aussi être associées à la pornographie.

Ainsi, le nationalisme d’extrême-droite peut être associé à la pédopornographie. Le nationalisme qui à conduit à au colonialisme à de la zoophilie ; ce qui a conduit à la première guerre mondiale à du BSDM ; celui qui amène certains à poser des bombes parfois meurtrières à du bukake ; et celui qui s’oppose à la réunification administrative de la Bretagne, à une reconnaissance institutionnelle du Pays-Basque, aux écoles bilingues à du fist-fucking.

Le nationalisme que pratique M. Defoort, s’apparente à une pornographie bon enfant, plus ou moins commerciale, soucieuse généralement (mais pas toujours) des gens qu’elle emploie. Mais ça reste de la pornographie, parce que le principe de base est le même. Le sexe amoureux, c’est autre chose.

Fin de la section trash, vous pouvez de nouveau lire.

 Nationalisme modéré.

Oui mais, certaines personnes (en particulier en Corse ou au Pays-Basque) qui ont les mêmes visions que moi se disent nationalistes. Seulement voila, ces personnes sont généralement qualifiées de « nationalistes modérés ». Mais moi ça ne m’intéresse pas d’être qualifié de modéré. Je ne suis pas un modéré, je suis un radical (Pour rappel, voir mon article Radical et pragmatique). Et qu’est-ce que ça veut dire au juste ? Que j’admets le principe de base du nationalisme mais que je ne souhaite pas aller jusqu’au bout de la logique ? Mais ça ne me convient pas. Comme je le dis, je suis un radical. Je suis un fédéraliste. Ce que je souhaite, c’est le dépassement des États-nations. Et en cela je m’oppose au nationalisme. Non, le terme de nationalisme modéré ne peut en rien me convenir. Je suis ni nationaliste, ni modéré.

Je comprends mes amis qui se disent nationalistes modérés parce qu’ils militent dans un contexte souvent particulier, mais je les invite à s’interroger sur la question. En quelque sorte, cet article est écrit en premier lieu pour vous, pour vous inviter à dépasser le mot.

 Je n’utilise pas le mot « nation » parce que je n’en ai pas besoin.

Reprenons. Une nation, c’est un peuple auquel on a accolé un état ou la revendication d’un état. Si on souhaite mettre en avant le coté institutionnel, le coté étatique, le terme État-nation me semble plus approprié. Maintenant, si on souhaite mettre en avant le coté populaire, identitaire ou culturel, je trouve que le terme de « peuple » convient parfaitement.

J’ai eu l’occasion de discuter du sujet avec Mikael Bodlore-Penlaez qui produit de très beau livres que je recommande à tout le monde (http://fr.wikipedia.org/wiki/Mikael_Bodlore-Penlaez#Ouvrages). Dans son ouvrage, excellent au demeurant, Atlas des Nations sans État en Europe, Peuples minoritaires en quête de reconnaissance, il met bien évidemment en avant le terme de nation. Mais je trouve que le livre n’aurait rien perdu, ni en profondeur, ni en cohérence, ni en pertinence s’il n’avait pas utilisé le mot « nation » mais s’était contenté du mot « peuple ». D’ailleurs, dans ses textes, Mikael Bodlore-Penlaez mêle régulièrement les deux mots comme s’il s’agissait du même concept, à l’image de la quatrième de couverture que je me permet de reproduire ici.

« Une Nation sans État est un peuple non souverain. Hier, c’était le cas de l’Irlande, de la Pologne ou de la Lettonie, lorsqu’elles vivaient sous la coupe d’autres États. Aujourd’hui, ces peuples ont retrouvé leur liberté.

Mais l’Europe du XXIe siècle connaît encore de nombreux cas de Nations sans État Leurs noms Alsaciens, Basques, Bretons, Catalans, Corses, Écossais, Frisons, Gallois, Sorabes…

Ces peuples ont toujours défendu leur forte identité. Marqués par des traits culturels particuliers, ils savent exprimer leur sentiment d’appartenance à une communauté soudée par l’histoire. Mais qui connaît réellement leurs aspirations, à savoir leur quête de reconnaissance ou de liberté, le désir de maîtriser leur destin, de pratiquer leur langue, d’être reconnus officiellement ?

Ainsi, l’histoire récente nous montre que de nombreux peuples minoritaires ont réussi, par le dialogue, à disposer d’un statut d’autonomie ou à obtenir leur indépendance. Ces droits acquis à force de ténacité leur permettent de décider de leur avenir plus sereinement et de préserver leur identité, souvent mise à mal par le centralisme étatique.

A travers soixante cartes inédites, cet atlas invite le lecteur à un tour d’horizon des Nations sans État qui peuplent l’Europe. Il permet ainsi de prendre la mesure d’un des enjeux géopolitiques majeurs du XXIe siècle. La mosaïque européenne sera toujours faite de diversité et de contrastes. »

Personnellement, je n’utilise plus le terme de « nation » et je n’ai aucun manque. J’arrive parfaitement à décrire ce dont je souhaite parler. Les termes de « peuple », d' »identité », de citoyenneté » me suffisent amplement.

Citoyenneté, identité, nationalité.

Dans l’imaginaire nationaliste français, les concepts de nationalité, d’identité et de citoyenneté sont intimement liés au point de n’en faire quasiment qu’un seul. Pourtant, grâce à mes expériences militantes, j’ai pu découvrir que ces trois notions n’avaient pas à être liées, qu’elles étaient différentes dans leur définition et leur façon de fonctionner.

L’identité, c’est un sentiment d’appartenance, le fait d’être de quelque part, le fait de se sentir lié à une culture, le fait de faire sien une histoire collective. C’est quelque chose qui se ressent mais ne se décrète pas. L’identité doit pouvoir se concevoir à toutes les échelles, de l’infra-local à l’universel. Il n’y a pas non plus de notion d’exclusive dans le concept d’identité.

La citoyenneté, c’est le fait de participer à la société, c’est le fait d’agir collectivement avec les personnes avec lesquelles ont cohabite pour construire un avenir commun, c’est le fait d’interagir avec les autres. Là encore, la citoyenneté doit pouvoir se concevoir à toutes les échelles, de l’infra-local à l’universel. Et là non plus, il n’y a pas de notion d’exclusive dans le concept de citoyenneté.

Identité et citoyenneté ne sont pas forcément liées. Ont peut vivre sur un territoire, venir d’ailleurs et ne pas se sentir lié à son histoire et sa culture. Cela ne doit pas nous empêcher de participer à la vie de la société dans laquelle on réside, avoir une vie associative et militante. A l’inverse (et cela pourra concerner les mêmes personnes), ont peut provenir d’un territoire, s’y sentir toujours lié, toujours vivre sa culture, mais ne plus y vivre, et donc ne plus pouvoir participer à sa société. Je parle ici bien évidemment des migrants, mais il y a aussi des personnes qui sont nées sur un territoire et que sentent liées à un autre territoire pour x raisons, c’est possible.

Et donc, si l’on enlève la citoyenneté et l’identité à la nationalité, que lui reste-t-il ? Et bien pas grand chose au final, juste un mot sur un papier plastifié, de l’administratif. Si, il y a bien des droits, que les « nationaux » possèdes mais que les autres, les étrangers, n’ont pas. Mais ne pourrait-il pas en être autrement ? Pourquoi ne pourrions-nous pas avoir les mêmes droits quelle que soit notre nationalité ?

Dépasser la nation.

Comme je l’ai écrit, je suis un fédéraliste. Je suis un enfant de l’Europe. J’ai eu la chance de n’avoir jamais connu l’absurdité de la guerre. Pour moi, le nationalisme est responsable d’une part importante des maux du XXème siècle. C’est, mine de rien, un outil formidable pour envoyer des gens, la plupart du temps modestes, aller tuer des personnes qui au final leur sont semblables.

Malheureusement, nous observons de plus en plus une recrudescence de ce nationalisme. Et je ne parle pas uniquement de l’extrême-droite. Les égoïsmes nationaux ont rendu l’Europe inopérante pendant la crise économique et aujourd’hui l’Europe est en grand danger. En France, les jacobins sont plus forts que jamais et se rencontrent dans tous les partis politiques. Au sud des Pyrénées, ce sont des nostalgiques du franquisme qui sont au pouvoir en Espagne et qui empêchent toute avancée des questions basques et catalanes. La Hongrie est au bord du basculement vers une dictature nationaliste. Les allemands pratiquent un nationalisme économique à outrance…

Je ne crois pas que ce soit la construction européenne qui nous a préservé de la guerre. Je crois que ce sont les européens eux-mêmes qui, ne voulant plus de la guerre, ont tourné le dos au nationalisme et ont voulu construire autre chose. Aujourd’hui, les peuples ayant la mémoire courte, nous sommes en train de revenir à nos vieux démons. Mais je pense que rien n’est encore perdu, il est encore possible de se ressaisir.

En fait, le fédéralisme, c’est le refus de la guerre. Tout pacifiste digne de ce nom devrait être fédéraliste et anti-nationaliste.

Et je pense que c’est le fédéralisme, et le dépassement des États-nations qui nous permettront d’avancer et de trouver des solutions à la crise à laquelle nous faisons face. C’est le fédéralisme qui fera avancer les droits sociaux (tout au moins en Europe). C’est le fédéralisme qui fera avancer la démocratie (car la démocratie actuelle est trop liée aux vieux modèles héritiers des vieilles monarchies). C’est le fédéralisme qui nous permettra de faire face aux problèmes énergétiques et environnementaux au niveau mondial (en dehors de tout égoïsme national, mais aussi en sachant allier le global et le local). C’est le fédéralisme qui nous permettra de changer de système économique, nous permettant de sortir de la crise (là encore en dehors de tout égoïsme national).

C’est donc à nous d’inventer quelque chose de nouveau. Et il y a des territoires qui se trouvent être de très bons laboratoires pour cela. Et je pense que j’ai la chance de vivre dans l’un d’eux : la Bretagne.

Bretagne réunifiée ou « Grand-Ouest » : quitte ou double pour le PS

Depuis l’arrivée de Manuel Valls à Matignon, la question du redécoupage des régions est devenue un des grands débats animant la sphère politique. En Bretagne, la réunification est passée en très peu de temps du statut d’éternelle revendication de l’Emsav à celui de possibilité plus que plausible. Comme il fallait s’en douter, les réactions anti bretonnes n’ont alors pas tardé.

PDL et « Grand-Ouest »

Fidèle à lui même et quasi caricatural, Jacques Auxiette a ouvert le bal en dépensant l’argent des contribuables simplement pour défendre son pré-carré (voir ici le communiqué de 44=Breizh sur le sujet). Il apparait que ceux qui défendent la région des Pays-de-la-Loire ne sont finalement pas nombreux et y ont quasiment tous un intérêt (conseillers régionaux, membres du CESER des PDL, bénéficiaires de subventions). Cette région bidon et artificielle ne bénéficie au mieux que d’une légère préférence pour le statut-quo teintée d’indifférence. A coté de cela, nombreux sont conscients que cette création de la technocratie parisienne n’est qu’un boulet pour tout le monde et en premier lieu pour ses habitants.

Jacques Auxiette

Parce qu’il ne veut pas entendre parler du démantèlement de l’assemblage hétéroclite que représente sa région, Auxiette a multiplié les idées de fusion : avec la Bretagne pour donner un « Grand-Ouest » dont les bretons ne veulent pas ; avec le Poitou-Charente ce qui n’a donné que peu d’écho (si ce n’est celui de Ségolène Royal) tant l’idée semble peu cohérente ; avec la région Centre mais les dirigeant de celle-ci ne veulent pas de la Loire-Atlantique jugée plus à sa place en Bretagne. Pour l’instant, Auxiette n’a pas encore eu l’idée de fusionner avec la Basse-Normandie mais cela ne saurait tarder.

S’il n’y avait eu que cela, je pense que j’aurais laissé filer. Auxiette est bien trop prévisible pour que nous soyons surpris. Non, ce qui me fait réagir, c’est l’attitude de certains élus PS importants en Bretagne. Il s’agit des maires des plus grandes villes de Bretagne ainsi que le président d’une métropole qui réclament la dissolution de la Bretagne dans le « Grand-Ouest ». (Voir ici l’article de Ouest-France)

Lorsque Manuel Valls avait annoncé son intention de réduire de façon drastique le nombre de régions administratives en France, nous savions très clairement que le statut-quo ne serait pas possible et que les seules alternatives possibles seraient la réunification ou le « Grand-Ouest ». Je me disais alors que le PS en Bretagne serait un minimum intelligent et refuserait le « Grand-Ouest ». Mais non, une nouvelle fois je me suis planté. J’aurais pourtant du me rappeler qu’avec le PS il faut s’attendre à tout.

Un mot sur ce gros machin informe appelé, faute de mieux, « Grand-Ouest » et sorti de l’esprit tordu d’on ne sait quel obscur technocrate. Ce truc ne correspond à rien, ne présente aucune cohérence car il tente de regrouper des territoires qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, dont les problématiques sont différentes, qui n’ont pas les mêmes dynamiques. Sans parler évidemment du nom. J’ai l’habitude de dire qu’il y a deux mots qui posent problème dans la dénomination « Grand-Ouest » : « grand » et « ouest ». Grand comment ? Grand jusqu’où? A l’ouest de quoi ? A l’ouest de qui ? Dans un contexte franco-français replié sur lui-même ça passe à la rigueur, mais dans un contexte international, ça ne veut plus rien dire. Que signifie « Grand-Ouest » pour un new-yorkais, un californien, un australien, un japonais, un espagnol, un irlandais… Ça ne veut rien dire, aucune visibilité, aucune lisibilité, aucune identité. Ce truc ne peut être qu’un boulet. Ce truc, les bretons n’en veulent pas, et pour cause.

Métropolistes

Revenons à nos chers métropolistes du PS (car il s’agit bien de cela). Notons d’abord qu’il n’y a que des élus de villes bretonnes. Quid du Mans ou d’Anger ? Pas assez importantes certainement pour être sollicitées. On peut quand-même se dire que Le Mans n’est peut-être pas très intéressée par une telle fusion. Comme je viens de l’écrire, il s’agit de métropolistes, les régions ils s’en foutent, tout ce qu’ils veulent c’est que celles-ci soient les plus faibles possibles pour avoir les coudées franches et que surtout on ne vienne pas les emmerder avec cette foutue solidarité entre les territoires. Si les bouseux veulent qu’on les aide, ils n’ont qu’à accepter la modernité et venir grossir les rangs des métropoles. Tant pis pour l’augmentation des temps de transports, la concentration des pollutions, l’apparition de problèmes dus aux concentrations de populations tels que l’insécurité ou le ras le bol des gens.

Dans leurs rangs nous trouvons le champion de l’hypocrisie : Monsieur François Cuillandre qui, pour combattre la réunification, a toujours utilisé comme argument l’inquiétude de voir le Finistère marginalisé en Bretagne par l’arrivée de Nantes et de la Loire-Atlantique. Qu’il nous explique donc en quoi la création du « Grand-Ouest » ne serait pas pire en matière de marginalisation de tout l’ouest de la Bretagne.

Nathalie Appéré

Nous trouvons aussi Nathalie Appéré qui mérite, elle, une spéciale dédicace. Comme vous le savez, j’étais présent sur la liste qu’elle menait aux dernières municipales, je l’ai soutenue et j’ai dit à qui voulait l’entendre que sur les questions d’aménagement du territoire et de la Bretagne elle avait des positions différentes par rapport à ce que le PS rennais nous avait habitué jusque là. Pendant la campagne, elle s’était d’ailleurs gardée de donner son avis sur la question de la réunification ou du « Grand-Ouest », se contentant de parler du rapprochement entre Rennes et Nantes, mais parlais de la « Bretagne dans son ensemble » et n’hésitait à mettre en avant la langue bretonne et le soutien qu’elle lui apporte.

Et donc voila qu’une fois élue maire de Rennes, Nathalie Appéré nous signe deux textes, une tribune libre dans Le Télégramme (voir ici sur son blog de députée) titrée « Ce qui est bon pour Rennes est bon pour la Bretagne » puis cette tribune cosignée avec ses collèges des grandes villes et métropoles de la Bretagne. Nous pouvons aisément faire les déductions qui s’imposent. Ce qui est bon pour Rennes est bon pour la Bretagne. Préférer le « Grand-Ouest » à la réunification est bon pour Rennes. Refuser la réunification de la Bretagne et préférer au contraire qu’elle soit noyée dans un « Grand-Ouest » informe, c’est bon pour la Bretagne. Non mais franchement Nathalie, ce que tu viens de faire, c’est non seulement une faute politique mais aussi une insulte grossière pour toutes celles et ceux pour qui la Bretagne veut dire quelque chose. Pour la première fois (mais je crains que ce ne sera pas la dernière) j’ai été ravi de ne pas faire partie de ta majorité.

Et pour répondre à cette phrase débile serinée depuis des lustres par le PS rennais, non cette phrase n’est pas forcément vrai, pas à court terme en tous cas. C’est l’inverse qui est vrai, car sans la Bretagne, Rennes ne serait qu’une bourgade sans intérêt. C’est bien sa position par rapport à la Bretagne qui a fait de Rennes ce qu’elle est aujourd’hui. Rennes ne peut être forte que si la Bretagne est forte et vider la Bretagne de son sens et de son énergie ne pourrait que faire péricliter Rennes.

 Quitte ou double pour le PS breton

Quoi qu’il décide, le PS actuel restera dans l’histoire de la Bretagne. Soit il décide de réunifier la Bretagne et donc de redonner une existence officielle à la Bretagne (la vraie, la seule, celle que certains appellent l’historique), soit il décide de créer cet informe « Grand-Ouest » et par là même décide de faire disparaitre de nouveau le nom de Bretagne des institutions. Ce qu’il faut savoir c’est que la Bretagne n’est pas une région comme les autres, elle fait l’objet d’un attachement et d’un sentiment d’appartenance de la parte d’une grande majorité de ses habitants.

Il faut aussi avoir en tête que la Bretagne était il n’y a encore pas longtemps une terre réputée de droite et qu’à présent elle est une des régions les plus à gauche en France, et ce avec une certaine constance qui laisse envisage une certaine durabilité. On ne peut certainement pas en dire autant des autres territoires du nord-ouest de la France. Cette situation, le PS breton en profite pleinement et lui a permis de s’établir dans pas mal de collectivités.

Ce dont il faut avoir conscience, c’est que si le PS décidait d’être le fossoyeur de la Bretagne comme certains le voudraient, cela risquerait de l’être pour un bon bout de temps, et que pas mal de bretons, attachés à la Bretagne (et pas uniquement dans l’Emsav ou le milieu breton), pourraient ressentir à l’encontre du PS un ressentiment fort et tenace et que ce ressentiment pourrait s’avérer être fortement handicapant, notamment lors des élections. D’autant plus que sur le sujet de la réunification, des personnes comme Bruno Chavanat ou Marc Le Fur ont eux une position qui est très claire. Qu’elle puisse être opportuniste n’y changeant rien.

Alors voila, messieurs dames du PS, vous êtes au pied du mur, c’est à vous de jouer. Mais sachez que si vous faites le mauvais choix, il ne faudra pas vous étonner ou vous plaindre si l’attitude du mouvement breton ne vous convient pas.

Lettre d’excuse à mon blog

Mon cher blog.

Cela fait maintenant un petit moment que tu n’as pas reçu de nouvel article (08 septembre 2013)  et ta colonne de droite est restée inchangée depuis encore plus longtemps. Avant cela, sur les mois précédents, il n’y avait même plus que des articles concernant le Peuple breton. Seule une maintenance technique minimal a été assurée.

Autant le dire de façon claire, je t’ai carrément négligé et laissé tomber. Je comprends donc très bien que tu m’en veuilles. D’autant plus que je sais très bien que toi, tu continueras toujours à assurer ta part du travail avec fidélité.

(Bon c’est vrai que après tout, tu n’es qu’un ensemble de logiciels et de lignes de codes enregistrés sur un serveur distant et que donc, concrètement, tu ne peux pas m’en vouloir. C’est vrai aussi que les personnes qui liront cette lettre me prendront sans-doute pour un fou. Mais ça me plait de te prendre pour une entité pensante.)

Ce qui suit n’est en rien des excuses, je suis inexcusable, ce sont des explications. J’ai été pas mal pris ces derniers mois. Les choses se sont accumulées et comme je ne suis pas toujours très bon coté organisation, je n’ai plus eu le temps de m’occuper de toi comme je l’aurais voulu.

Tout d’abord, ma vie affective s’est enrichie. Je ne suis plus un célibataire endurci et vieillissant. Et le fait que cela m’empêche de rester aussi longtemps assis tout seul devant mon PC, toi et moi savons que c’est une excellente chose. Il va falloir que je me force à être plus productif et moins procrastinateur devant mon ordinateur. Ne t’en fais pas, j’ai maintenant quelqu’un qui m’aide là dessus. Et puis, tu as gagné une lectrice supplémentaire, attentive et pertinente, tu ne vas pas t’en plaindre.

Ensuite, j’ai suivi une formation intensive de breton pendant six mois à Skol an Emsav. Pendant toute cette période, je n’ai eu ni le temps ni l’énergie d’écrire quoi que ce soit pour toi. Tu sais que c’était quelque chose qui me tenait à cœur. Maintenant c’est fait. Bremañ e komzon brezhoneg bemdez (A présent, je parle breton tous les jours). Au final pour toi, c’est quelque chose de positif (en tout cas j’y compte bien) car j’ai l’intention d’écrire des articles en breton, essentiellement pour m’entrainer dans une langue que je ne maitrise encore que très imparfaitement. Tu vas donc gagner une nouvelle rubrique et de nouveaux articles avec certainement tout plein de fautes de breton (mais je compte bien sur mes lecteurs pour me corriger gentiment).

Enfin, il y a eu les élections municipales. Comme tu le sais, j’ai été candidat en bonne position pour être élu, et ça s’est terminé en « eau de boudin ». Cela a été quand-même une expérience enrichissante où j’ai appris bien des choses sur moi, sur les autres, sur ma ville, sur la politique. J’en tire certes pas mal d’amertume (ça passera, je l’espère, avec le temps) mais comme on dit : ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Voyons le bon coté des choses. Être élu m’aurait pris beaucoup de temps. Ce temps, je compte quand-même l’occuper à bon escient. Et puis, ma parole est toujours aussi libre, je dirais même qu’elle est plus libre que jamais. Je pense que tu en profiteras.

Alors voila mon cher blog, si j’ai écris cette lettre d’excuse, c’est au final pour te donner des raisons d’espérer. Après cette longue période d’abstinence, j’ai de nouveau envie d’écrire pour toi. Écrire en breton, écrire en français. Écrire des choses négatives, écrire des choses positives. Écrire des choses graves, écrire des choses légères. Écrire pour rêver, écrire pour construire. Écrire pour réfléchir, écrire pour agir.

A très bientôt mon cher blog.

La Syrie, le conflit de tous les regrets

Je crois que cette affaire ne nous laissera que des regrets.

Nous aurions pu soutenir (sans intervenir) les rebelles dès le départ, quand il ne s’agissait encore que d’une simple lutte pour la démocratie.  Seulement  maintenant les salafistes se sont bien installés dans la lutte contre Assad. A prèsent, il est impossible de soutenir la rébellion sans venir en aide à ces intégristes religieux qui, disons le clairement, ne sont en rien des démocrates et sont par certains cotés pire qu’Assad. Aujourd’hui, le conflit peut se résumer à un connard contre des salaud. Comment y intervenir sans se mordre les doigts ?

Pourquoi ne sommes nous pas intervenus plus tôt ? Parce que nous n’en avons pas vraiment les moyens. Une guerre ça coute cher, financièrement et humainement. On sait quand ça commence, pas quand ça finit. Et les conflits dans lesquels les occidentaux se sont engagés dans la régions ont été des succès très rapides qui au final se sont avérés être des fiascos les plus complets. Et personne n’a envie de renouveler l’expérience.

Sans oublier que la situation dans les pays qui ont connu ce qu’on appelle le « printemps arabe » est aujourd’hui loin d’être claire. Rappelons-nous à ce sujet que la France a mis pas loin de deux siècles pour avoir une démocratie représentative qui fonctionne à peu près.

Autre regret mais qui est loin d’être une nouveauté tellement nous en sommes devenus habitués : la diplomatie européenne est une fois de plus totalement inexistante.

Quant à l’ONU, son fonctionnement la rend totalement inopérante et en fait une véritable mascarade. Mais ça tout le monde le sait, et ce depuis le lendemain de sa création. Seuls d’autres facteurs, en rien liés à l’ONU, font qu’elle n’a pas eu le même sort que la SDN. Tant que nous ne réformerons pas l’ONU, ce n’est pas la peine d’en parler comme solution.

Décider d’envoyer des missions humanitaires sans intervention militaire, dans la situation actuelle, est totalement irresponsable car cela revient à envoyer au casse-pipe des gens dont ce n’est pas le métier. Je m’y refuse catégoriquement. En plus, ce serait complètement inutile, car sans la paix tu ne peux rien construire.

Bashar Al Assad. Photo sous licence Creative Commons, auteur Agência Brasil

Mettre les gens autour d’une table pour les forcer à discuter, ça marche, quand ces gens sont raisonnables. Nous avons d’un coté un type qui a déjà franchi la ligne rouge et n’a plus rien à perdre car il sait que s’il recule il est fini, et de l’autre des fous furieux qui ne pensent qu’au jihad. Il y a déjà eu des tentatives pour la Syrie, on peut continuer, mais pour l’instant rien n’a marché.

Soutenir les kurdes qui se battent pour leurs libertés, je suis pour. Mais ça ne concerne qu’une petite partie de la population et du territoire du pays. Seulement, la Turquie risque de ne pas le vouloir, et pour ne pas la froisser, nous risquons de ne rien en faire.

Au final, je vais vous dire ce que nous allons faire. Nous allons regarder un dictateur et des intégristes détruire le peuple syrien sans réagir, parce que nous sommes impuissants. Nous allons nous réjouir de ne pas intervenir en scandant des slogans pacifistes, pendant que des gens se feront massacrer. Et ce sera là notre plus grand regret.